le monde merveilleux des liens hypertexte
le monde merveilleux des liens hypertexte
zodiac (2007) dir. david fincher
tags : fin du monde, l'époque où google sanctionnait les sites n'ouvrant pas assez sur le reste du web
Les IA vont-elles tuer les liens hypertextes, ces briques fondamentales du Web ?
Par Michaël Szadkowski
Qu’il s’agisse des chatbots comme ChatGPT ou des « aperçus IA » récemment lancés par Google, la promesse de l’intelligence artificielle est la même : fournir à l’internaute tout ce dont il a besoin, sans qu’il ait à prendre la peine de cliquer sur des liens. Ces derniers sont-ils, dès lors, devenus obsolètes ?
Imaginez : vous êtes dans un quartier inconnu, c’est l’heure du goûter et vous avez faim. Seriez-vous prêt à arpenter des rues à la recherche d’une boulangerie ? Sans doute pas. Il est probable que vous suiviez les indications d’une application, comme Google Maps, afin d’arriver directement à destination. Et si un coursier vous proposait de vous rapporter le pain au chocolat dont vous rêvez, là où vous vous trouvez : prendriez-vous même la peine de vous déplacer ?
Remplacez le coursier par ChatGPT, les boutiques par les pages Web et les rues par les liens hypertextes et vous avez, en substance, le questionnement qui attend chaque internaute : pourquoi cliquer sur ces derniers puisque tout peut être servi à votre porte ? Le 22 juillet, Google a déployé en France ses « aperçus IA » (« AI Overviews »). Quand elle est activée, la fonctionnalité relègue l’antique liste des « 10 premiers liens » au fond de la première page de résultats du moteur de recherche et la remplace par un résumé, écrit automatiquement par l’intelligence artificielle (IA) Gemini.
Résultat : de nombreux éditeurs de sites Internet craignent pour l’avenir de leurs activités en ligne. En Allemagne, où l’option était déjà en place, la société de référencement Sistrix enregistrait une chute de 6,6 % du nombre de clics en provenance du Google. Mais plus encore qu’une problématique de modèle économique pour les sites Internet, la question est presque philosophique. Le Web s’est bâti sur le concept même de liens qui, par leur multiplication, forment ce qu’on appelle communément la « Toile ». Si ces liens ne sont plus parcourus, ont-ils encore une raison d’exister ?
Le Monde
Avec l’introduction des « aperçus IA », « le Web et les applications mobiles pourraient n’avoir été qu’une étape intermédiaire dans la transformation numérique »
La fonction AI Overviews de Google, au-delà des effets de son utilisation sur les visites de sites, transforme en profondeur la manière dont l’information est reconstituée et présentée. Elle donne aux modèles d’intelligence artificielle une puissance cognitive inédite, estime le chercheur Henri Isaac, dans une tribune au « Monde ».
Le déploiement récent de la fonction AI Overviews « aperçus IA » de Google en France suscite une forte inquiétude des éditeurs de presse, dont certains ont d’ores et déjà attaqué juridiquement cette nouvelle fonctionnalité au niveau européen dès février, au début de sa mise en œuvre en Europe. En répondant directement aux requêtes des internautes par des synthèses produites par intelligence artificielle (IA), Google réduit encore la probabilité qu’un utilisateur clique vers les sites d’information. Les conséquences économiques sont aisées à anticiper : baisse du trafic, fragilisation des revenus publicitaires et affaiblissement d’un modèle économique déjà sous tension, particulièrement pour les éditeurs reposant sur la seule publicité.
Le « zéro clic » n’est pas totalement nouveau en soi : Google répond depuis longtemps directement à certaines recherches simples : météo, résultats sportifs, conversions ou définitions. Mais les AI Overviews franchissent un seuil. Ils produisent une réponse qui peut suffire à satisfaire la recherche de l’utilisateur. Après l’introduction de Google Discover en 2018, les AI Overviews s’inscrivent dans une série de transformations dans l’accès à l’information et à la connaissance. L’arrivée de l’intelligence artificielle générative signe le moment où le Web cesse d’être l’interface principale entre les citoyens et l’information.
Depuis une décennie, les usages ont d’abord basculé vers le mobile. Les lecteurs ont progressivement abandonné la navigation sur les sites Web au profit des applications. Puis les usages ont évolué vers la consommation des réseaux sociaux, des agrégateurs d’informations, des notifications mobiles. Les données d’audience montrent que les médias ont cessé d’être des destinations pour devenir des contenus circulant dans des environnements contrôlés par d’autres acteurs. Les systèmes d’intelligence artificielle introduisent une rupture plus profonde
source : Le Monde