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Franz Kafka : la métamorphose. texte intégral

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Franz Kafka.jpg


Franz Kafka La métamorphose suivi de Dans la colonie pénitentiaire Traduit par Bernard Lortholary La Bibliothèque électronique du Québec Collection Classiques du 20e siècle Volume 85 : version 1.0
2 La métamorphose suivi de Dans la colonie pénitentiaire Édition de référence : Librio, Flammarion, 1988.
3 La métamorphose
4 1
En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux. « Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine, juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table où était déballée une collection d’échantillons de tissus – Samsa était représentant de commerce –, on voyait accrochée
5 l’image qu’il avait récemment découpée dans un magazine et mise dans un joli cadre doré. Elle représentait une dame munie d’une toque et d’un boa tous les deux en fourrure et qui, assise bien droite, tendait vers le spectateur un lourd manchon de fourrure où tout son avant-bras avait disparu. Le regard de Gregor se tourna ensuite vers la fenêtre, et le temps maussade – on entendait les gouttes de pluie frapper le rebord en zinc – le rendit tout mélancolique. « Et si je redormais un peu et oubliais toutes ces sottises ? » se dit-il ; mais c’était absolument irréalisable, car il avait l’habitude de dormir sur le côté droit et, dans l’état où il était à présent, il était incapable de se mettre dans cette position. Quelque énergie qu’il mît à se jeter sur le côté droit, il tanguait et retombait à chaque fois sur le dos. Il dut bien essayer cent fois, fermant les yeux pour ne pas s’imposer le spectacle de ses pattes en train de gigoter, et il ne renonça que lorsqu’il commença à sentir sur le flanc une petite douleur sourde qu’il n’avait jamais éprouvée.
6 « Ah, mon Dieu », songea-t-il, « quel métier fatigant j’ai choisi ! Jour après jour en tournée. Les affaires vous énervent bien plus qu’au siège même de la firme, et par-dessus le marché je dois subir le tracas des déplacements, le souci des correspondances ferroviaires, les repas irréguliers et mauvais, et des contacts humains qui changent sans cesse, ne durent jamais, ne deviennent jamais cordiaux. Que le diable emporte tout cela ! » Il sentit une légère démangeaison au sommet de son abdomen ; se traîna lentement sur le dos en se rapprochant du montant du lit afin de pouvoir mieux redresser la tête ; trouva l’endroit qui le démangeait et qui était tout couvert de petits points blancs dont il ne sut que penser ; et il voulut palper l’endroit avec une patte, mais il la retira aussitôt, car à ce contact il fut tout parcouru de frissons glacés. Il glissa et reprit sa position antérieure. « À force de se lever tôt », pensa-t-il, « on devient complètement stupide. L’être humain a besoin de son sommeil. D’autres représentants vivent comme des femmes de harem. Quand, par exemple, moi je rentre à l’hôtel dans le courant
7 de la matinée pour transcrire les commandes que j’ai obtenues, ces messieurs n’en sont encore qu’à prendre leur petit déjeuner. Je devrais essayer ça avec mon patron ; je serais viré immédiatement. Qui sait, du reste, si ce ne serait pas une très bonne chose pour moi. Si je ne me retenais pas à cause de mes parents, il y a longtemps que j’aurais donné ma démission, je me serais présenté devant le patron et je lui aurais dit ma façon de penser du fond du cœur. De quoi le faire tomber de son comptoir ! Il faut dire que ce ne sont pas des manières, de s’asseoir sur le comptoir et de parler de là-haut à l’employé, qui de plus est obligé d’approcher tout près, parce que le patron est sourd. Enfin, je n’ai pas encore abandonné tout espoir ; une fois que j’aurai réuni l’argent nécessaire pour rembourser la dette de mes parents envers lui – j’estime que cela prendra encore de cinq à six ans –, je ferai absolument la chose. Alors, je trancherai dans le vif. Mais enfin, pour le moment, il faut que je me lève, car mon train part à cinq heures. » Et il regarda vers la pendule-réveil dont on entendait le tic-tac sur la commode. « Dieu du

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tu ne veux pas un Whisky d'abord ?

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Christian Schad deux femmes 1928 érotisme.jpg
peintre : Christian Schad
tag : tu veux un Whisky ? Juste un doigt...

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tu veux de la purée ? Juste un doigt. tu veux pas un Whisky d'abord ?

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quatre petits pois et un doigt de purée.gif
whisky !

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Boris Vian : L'écume des jours. texte intégral

, 11:58

Avant-propos

Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements à priori. Il apparaît, en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive. Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, et les quelques pages de démonstration qui suivent tirent toute leur force du fait que l’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Sa réalisation matérielle proprement dite consiste essentiellement en une projection de la réalité, en atmosphère biaise et chauffée, sur un plan de référence irrégulièrement ondulé et présentant de la distorsion. On le voit, c’est un procédé avouable, s’il en fut. La Nouvelle-Orléans. 10 mars 1946.

Colin terminait sa toilette. Il s’était enveloppé, au sortir du bain, d’une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l’étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l’huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d’ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l’aide d’une fourchette dans de la confiture d’abricots. Colin reposa le peigne et, s’armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite. Il alluma la petite lampe du miroir grossissant et s’en approcha pour vérifier l’état de son épiderme. Quelques comédons saillaient aux alentours des ailes du nez. En se voyant si laids dans le miroir grossissant, ils rentrèrent prestement sous la peau et, satisfait, Colin éteignit la lampe. Il détacha la serviette qui lui ceignait les reins et passa l’un des coins entre ses doigts de pied pour absorber les dernières traces d’humidité. Dans la glace, on pouvait voir à qui il ressemblait, le blond qui joue le rôle de Slim dans Hollywood Canteen. Sa tête était ronde, ses oreilles petites, son nez droit, son teint doré. Il souriait souvent d’un sourire de bébé, et, à force, cela lui avait fait venir une fossette au menton. Il était assez grand, mince avec de longues jambes, et très gentil. Le nom de Colin lui convenait à peu près. Il parlait doucement aux filles et joyeusement aux garçons. Il était presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il dormait. Il vida son bain en perçant un trou dans le fond de la baignoire. Le sol de la salle de bains, dallé de grès cérame jaune clair, était en pente et orientait l’eau vers un orifice situé juste au-dessus du bureau du locataire de l’étage inférieur. Depuis peu, sans prévenir Colin, celui-ci avait changé son bureau de place. Maintenant, l’eau tombait sur son garde-manger. Il glissa ses pieds dans des sandales de cuir de roussette et revêtit un élégant costume d’intérieur, pantalon de velours à côtes vert d’eau très profonde et veston de calmande noisette. Il accrocha la serviette au séchoir, posa le tapis de bain sur le bord de la baignoire et le saupoudra de gros sel afin qu’il dégorgeât toute l’eau contenue. Le tapis se mit à baver en faisant des grappes de petites bulles savonneuses. Il sortit de la salle de bain et se dirigea vers la cuisine, afin de surveiller les derniers préparatifs du repas. Comme tous les lundis soir, Chick venait dîner, il habitait tout près. Ce n’était encore que samedi, mais Colin se sentait l’envie de voir Chick et de lui faire goûter le menu élaboré avec une joie sereine par Nicolas, son nouveau cuisinier. Chick, comme lui célibataire, avait le même âge que Colin, vingt-deux ans, et des goûts littéraires comme lui, mais moins d’argent. Colin possédait une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres. Chick, lui, devait aller tous les huit jours au ministère, voir son oncle et lui emprunter de l’argent, car son métier d’ingénieur ne lui rapportait pas de quoi se maintenir au niveau des ouvriers qu’il commandait, et c’est difficile de commander à des gens mieux habillés et mieux nourris que soi-même. Colin l’aidait de son mieux en l’invitant à dîner toutes les fois qu’il le pouvait, mais l’orgueil de Chick l’obligeait d’être prudent, et de ne pas montrer, par des faveurs trop fréquentes, qu’il entendait lui venir en aide. Le couloir de la cuisine était clair, vitré des deux côtés, et un soleil brillait de chaque côté, car Colin aimait la lumière. Il y avait des robinets de laiton soigneusement astiqués, un peu partout. Les jeux des soleils sur les robinets produisaient des effets féeriques. Les souris de la cuisine aimaient danser au son des chocs des rayons de soleil sur les robinets, et couraient après les petites boules que formaient les rayons en achevant de se pulvériser sur le sol, comme des jets de mercure jaune. Colin caressa une des souris en passant, elle avait de très longues moustaches noires, elle était grise et mince et lustrée à miracle. Le cuisinier les nourrissait très bien sans les laisser grossir trop. Les souris ne faisaient pas de bruit dans la journée et jouaient seulement dans le couloir. Colin poussa la porte émaillée de la cuisine. Le cuisinier Nicolas surveillait son tableau de bord. Il était assis devant un pupitre également émaillé de jaune clair et qui portait des cadrans correspondant aux divers appareils culinaires alignés le long des murs. L’aiguille du four électrique, réglé pour la dinde rôtie, oscillait entre « presque » et « à point ». Il allait être temps de la retirer. Nicolas pressa un bouton vert, ce qui déclenchait le palpeur sensitif. Celui-ci pénétra sans rencontrer de résistance, et l’aiguille atteignit « à point » à ce moment. D’un geste rapide, Nicolas coupa le courant du four et mit en marche le chauffe-assiettes. « Ce sera bon ? demanda Colin. – Monsieur peut en être sûr, affirma Nicolas. La dinde était parfaitement calibrée. – Quelle entrée avez-vous préparée ? – Mon Dieu, dit Nicolas, pour une fois, je n’ai rien innové. Je me suis borné à plagier Gouffé. – Vous eussiez pu choisir un plus mauvais maître ! remarqua Colin. Et quelle partie de son œuvre allez-vous reproduire ? – Il en est question à la page 638 de son Livre de cuisine. Je vais lire à Monsieur le passage en question. » Colin s’assit sur un tabouret au siège capitonné de caoutchouc alvéolé, sous une soie huilée assortie à la couleur des murs, et Nicolas commença en ces termes : « – Faites une croûte de pâté chaud comme pour une entrée. Préparez une grosse anguille que vous couperez en tronçons de trois centimètres. Mettez les tronçons d’anguille dans une casserole, avec vin blanc, sel et poivre, oignons en lames, persil en branches, thym et laurier et une petite pointe d’ail. » « Je n’ai pas pu l’aiguiser comme j’aurais voulu, dit Nicolas, la meule est trop usée. – Je la ferai changer », dit Colin. Nicolas continua : « – Faites cuire. Retirez l’anguille de la casserole et remettez-la dans un plat à sauter. Passez la cuisson au tamis de soie, ajoutez de l’espagnole et faites réduire jusqu’à ce que la sauce masque la cuillère. Passez à l’étamine, couvrez l’anguille de sauce et faites bouillir pendant deux minutes. Dressez l’anguille dans le pâté. Formez un cordon de champignons tournés sur le bord de la croûte, mettez un bouquet de laitances de carpes au milieu. Saucez avec la partie de la sauce que vous avez réservée. » – D’accord, approuva Colin. Je pense que Chick aimerait ça. – Je n’ai pas l’avantage de connaître M. Chick, conclut Nicolas, mais s’il ne l’aime pas, je ferai autre chose la prochaine fois, et cela me permettra de situer, avec une quasi-certitude, l’ordre spatial de ses goûts et de ses dégoûts. – Voui !… dit Colin. Je vous quitte, Nicolas. Je vais m’occuper du couvert. » Il prit le couloir dans l’autre sens et traversa l’office pour aboutir à la salle à manger-studio, dont le tapis bleu pâle et les murs beige-rose étaient un repos pour les yeux ouverts. La pièce, de quatre mètres sur cinq environ, prenait jour sur l’avenue Louis-Armstrong par deux baies allongées. Des glaces sans tain coulissaient sur les côtés et permettaient d’introduire les odeurs du printemps lorsqu’il s’en rencontrait à l’extérieur. Du côté opposé, une table de chêne souple occupait l’un des coins de la pièce. Deux banquettes à angle droit correspondaient à deux des côtés de la table et des chaises assorties à coussins de maroquin bleu garnissaient les deux côtés libres. Le mobilier de cette pièce comprenait, en outre, un long meuble bas, aménagé en discothèque, un pick-up du plus fort module et un meuble, symétrique du premier, contenant les lance-pierres, les assiettes, les verres et les autres ustensiles que l’on utilise pour manger chez les civilisés. Colin choisit une nappe bleu clair assortie au tapis. Il disposa, au centre de la table, un surtout formé d’un bocal de formol à l’intérieur duquel deux embryons de poulet semblaient mimer le Spectre de la Rose, dans la chorégraphie de Nijinsky. À l’entour, quelques branches de mimosa en lanières : un jardinier de ses amis l’obtenait par croisement du mimosa en boules avec le ruban de réglisse noir que l’on trouve chez les merciers en sortant de classe. Puis il prit, pour chacun, deux assiettes en porcelaine blanche croisillonnées d’or transparent, un couvert d’acier inoxydable aux manches ajourés, dans chacun desquels une coccinelle empaillée, isolée entre deux plaquettes de plexiglas, portait bonheur. Il ajouta des coupes de cristal et des serviettes pliées en chapeau de curé ; ceci prenait un certain temps. À peine achevait-il ces préparatifs que la sonnette se détacha du mur et le prévint de l’arrivée de Chick. Colin effaça un faux pli de la nappe et s’en fut ouvrir. « Comment vas-tu ? demanda Chick. – Et toi ? répliqua Colin. Enlève ton imper et viens voir ce que fait Nicolas. – Ton nouveau cuisinier ? – Oui, dit Colin. Je l’ai échangé à ma tante contre l’ancien et un kilo de café belge. – Il est bien ? demanda Chick. – Il a l’air de savoir ce qu’il fait. C’est un disciple de Gouffé. – L’homme de la malle ? s’enquit Chick horrifié, et sa petite moustache noire s’abaissait tragiquement. – Non, ballot, Jules Gouffé, le cuisinier bien connu ! – Oh ! tu sais ! Moi…, dit Chick, en dehors de Jean-Sol Partre, je ne lis pas grand-chose. » Il suivit Colin dans le couloir dallé, caressa les souris et mit, en passant, quelques gouttelettes de soleil dans son briquet. « Nicolas, dit Colin en entrant, je vous présente mon ami Chick. – Bonjour, Monsieur, dit Nicolas. – Bonjour, Nicolas, répondit Chick. Est-ce que vous n’avez pas une nièce qui s’appelle Alise ? – Si, Monsieur, dit Nicolas. Une jolie jeune fille, d’ailleurs, si j’ose introduire ce commentaire. – Elle a un grand air de famille avec vous, dit Chick. Quoique, du côté du buste, il y ait quelques différences. – Je suis assez large, dit Nicolas, et elle est plus développée dans le sens perpendiculaire, si Monsieur veut bien me permettre cette précision. – Eh bien, dit Colin, nous voici presque en famille. Vous ne m’aviez pas dit que vous aviez une nièce, Nicolas. – Ma sœur a mal tourné, Monsieur, dit Nicolas. Elle a fait des études de philosophie. Ce ne sont pas des choses dont on aime se vanter dans une famille fière de ses traditions… – Eh…, dit Colin, je crois que vous avez raison. En tout cas, je vous comprends. Montrez-nous donc ce pâté d’anguilles… – Il serait dangereux d’ouvrir le four actuellement, prévint Nicolas. Il pourrait en résulter une dessiccation consécutive à l’introduction d’air moins riche en vapeur d’eau que celui qui s’y trouve enfermé en ce moment. – Je préfère avoir, dit Chick, la surprise de le voir pour la première fois sur la table. – Je ne puis qu’approuver Monsieur, dit Nicolas. Puis-je me permettre de prier Monsieur de bien vouloir m’autoriser à reprendre mes travaux ? – Faites, Nicolas, je vous en prie. » Nicolas se remit à sa tâche, qui consistait en le démoulage d’aspics de filets de sole, contisés de lames de truffes, destinés à garnir le hors-d’œuvre de poisson. Colin et Chick quittèrent la cuisine. « Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianocktail est achevé, tu pourrais l’essayer. – Il marche ? demanda Chick. – Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant. – Quel est ton principe ? demanda Chick. – À chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Seltz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde la quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple, au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral. – C’est compliqué, dit Chick. – Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement. – C’est merveilleux ! dit Chick. – Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsque l’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelette dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave. – Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible. – Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le réglerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer. » Chick se mit au piano. À la fin de l’air, une partie du panneau de devant se rabattit d’un coup sec et une rangée de verres apparut. Deux d’entre eux étaient pleins à ras bord d’une mixture appétissante. « J’ai eu peur, dit Colin. Un moment, tu as fait une fausse note. Heureusement, c’était dans l’harmonie. – Ça tient compte de l’harmonie ? dit Chick. – Pas pour tout, dit Colin. Ce serait trop compliqué. Il y a quelques servitudes seulement. Bois et viens à table. »

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Boris Vian : L’arrache-coeur. 1953. texte intégral

, 11:34

PREMIÈRE PARTIE

I

28 août. Le sentier longeait la falaise. Il était bordé de calamines en fleur et de brouillouses un peu passées dont les pétales noircis jonchaient le sol. Des insectes pointus avaient creusé le sol de mille petits trous ; sous les pieds, c’était comme de l’éponge morte de froid. Jacquemort avançait sans se presser et regardait les calamines dont le cœur rouge sombre battait au soleil. À chaque pulsation, un nuage de pollen s’élevait, puis retombait sur les feuilles agitées d’un lent tremblement. Distraites, des abeilles vaquaient. Du pied de la falaise s’élevait le bruit doux et rauque des vagues. S’arrêtant, Jacquemort se pencha sur l’étroit rebord qui le séparait du vide. En bas, tout était très loin, à pic, et de l’écume tremblait dans le creux des roches comme une gelée de juillet. Cela sentait l’algue braisée. Pris de vertige, Jacquemort s’agenouilla sur l’herbe terreuse de l’été, toucha le sol de ses deux mains étendues ; rencontrant dans ce geste des crottes de bique aux contours bizarrement irréguliers, il conclut à la présence, parmi ces animaux, d’un bouc de Sodome dont il croyait pourtant l’espèce disparue. Maintenant, il avait moins peur et il osa de nouveau s’incliner sur la falaise. Les grands pans de roc rouge tombaient à la verticale dans l’eau peu profonde, d’où ils ressortaient presque aussitôt pour donner lieu à une falaise rouge sur la crête de laquelle Jacquemort, à genoux, se penchait. Des récifs noirs émergeaient de place en place, huilés par le ressac et couronnés d’un anneau de vapeur. Le soleil corrodait la surface de la mer et la salissait de graffiti obscènes. Jacquemort se releva, reprit sa marche. Le chemin tournait. À gauche il vit des fougères déjà marquées de roux et des bruyères en fleur. Sur les rocs dénudés brillaient des cristaux de sel apportés par le chasse-marée. Le sol, vers l’intérieur du pays, s’élevait en pente escarpée. Le sentier contournait des masses brutales de granit noir, jalonné, par places, de nouvelles crottes de bique. De biques, point. Les douaniers les tuaient, à cause des crottes. Il accéléra l’allure, et se trouva brusquement dans l’ombre, car les rayons du soleil ne parvenaient plus à le suivre. Soulagé par la fraîcheur, il allait encore plus vite. Et les fleurs de calamines passaient en ruban de feu continu devant ses yeux. À de certains signes, il reconnut qu’il approchait et prit le soin de mettre en ordre sa barbe rousse et effilée. Puis, il repartit allègrement. Un instant, la Maison lui apparut tout entière entre deux pitons de granit, taillés par l’érosion en forme de sucette et qui encadraient le sentier comme les piliers d’une poterne géante. Le chemin tournait à nouveau, il la perdit de vue. Elle était assez loin de la falaise, tout en haut. Lorsqu’il passa entre les deux blocs sombres, elle se démasqua entièrement, très blanche, entourée d’arbres insolites. Une ligne claire se détachait du portail, serpentait paresseusement sur le coteau et rejoignait, à bout de course, le sentier. Jacquemort s’y engagea. Arrivé presque en haut de la côte, il se mit à courir car il entendait les cris. Du portail grand ouvert au perron de la maison une main prévoyante avait tendu un ruban de soie rouge. Le ruban montait l’escalier, aboutissait à la chambre. Jacquemort le suivit. Sur le lit, la mère reposait, en proie aux cent treize douleurs de l’enfantement. Jacquemort laissa tomber sa trousse de cuir, releva ses manches et se savonna les mains dans une auge de lave brute.

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, 17:06


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Juste un doigt... tu veux pas un Whisky d'abord ?

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Ça m'intéresse, l'éveil de la curiosité scientifique chez l'enfant

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Lacan (l’Unbewusst d'un nain (père) conscient) : L'insu que sait l'une bévue s'aile à mourre mour mour mour

, 09:07

"Le titre équivoque du séminaire demande à être interprété. Ecrite en lalangue ou plutôt en l’élangues, cette phrase, à la grammaire énigmatique, se lit en français et s’entend, en partie, en allemand : une-bévue/Unbewusst. Lacan utilise un procédé rencontré chez Joyce, l’année précédente du séminaire. La traduction de Unbewusst par « l’une-bévue » est en soi un mot d’esprit, c’est-à-dire une formation de l’inconscient comme l’acte manqué, le lapsus, le rêve, le symptôme. Qu’est-ce qu’un acte manqué ou un lapsus sinon une bévue ? Cette traduction rend presque vraie la phrase citée par Dante, lorsqu’il évoque à propos du mot « amour » le juste accord entre le mot et la chose : nomina sunt consequentia rerum. « L’une-bévue » n’a pas le défaut d’être un terme négatif comme « l’inconscient », et il ne risque pas, comme lui, d’être confondu avec l’inconscience. Lacan annonce dès le début du séminaire qu’avec cet « insu que sait de l’une-bévue », il essaie « d’introduire quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ». Le titre du séminaire est donc programmatique, ainsi sa première partie : « l’insu que sait » est une autre façon de traduire l’Unbewusst, il équivoque avec « l’insuccès », c’est-à-dire le ratage, l’acte manqué qui est, en fait, un acte réussi du point de vue de l’inconscient. Mais « l’insu que sait » indique que le parlêtre sait plus qu’il ne croit savoir, et ce savoir, un bout d’une-bévue, est fait de la matière même du signifiant. « L’insu que sait » est l’inconscient dans sa littéralité même : insu que sait, INsuCSait, I N C S. Répondant à cet autre nom de l’inconscient, une partie importante du séminaire est consacrée aux exposés d’Alain Didier-Weill sur la pulsion invoquante et sur la passe, où celui-ci développe, à partir d’une variante de l’histoire de La lettre volée, les étapes, dans une analyse, du dévoilement du savoir : il ne sait pas que je sais, il sait que je sais, je sais qu’il sait, je sais qu’il sait que je sais qu’il sait. Le personnage de Bozef, introduit par Alain Didier-Weill, incarne pour Lacan « le savoir absolu », à la fois Booz et Joseph, celui qui rêve et celui qui interprète le rêve.

Le troisième nom de l’inconscient : « s’aile à mourre » équivoque avec « c’est l’amour » ou « celle amour ». Le titre entier peut s’entendre comme : « l’insuccès de l’Unbewusst, c’est l’amour ». Or, qu’est-ce que l’amour sinon un certain rapport de deux savoirs inconscients, venant à la place du rapport sexuel absent ? Un succès rare si les deux savoirs inconscients sont connexes et irrémédiablement distincts, mais s’ils se recouvrent, cet amour n’en est pas moins un ratage.

« S’aile à mourre », quelle est la raison de ce curieux assemblage ?

« L’amour jeu des nombrils ou jeux de la grande oie

La mourre jeu du nombre illusoire des doigts »

Dans le jeu de la mourre, inventé selon la légende par Hélène pour Pâris, il faut deviner la somme des doigts cachés de l’un et de l’autre, savoir insu de l’un et de l’autre : l’amour apparaît ainsi sous la forme de deux mi-dires qui ne se recouvrent pas. Une des variantes du jeu de la mourre : pierre, ciseaux, papier, a la structure borroméenne, puisque le troisième surmonte le premier. Une autre : pair ou impair se retrouve dans La lettre volée, il est à l’origine du texte Parenthèse des parenthèses. Il s’agit de la structure réelle du savoir inconscient.

« Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades

Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants. »

Le savoir inconscient se donne-t-il des ailes pour que la lettre prenne son envol ? À moins que ce ne soit l’amour.

Cette troisième partie du titre inaugure une réflexion sur la poésie, sur l’amour et sur le réel.

La poésie « amoureuse » de Dante est convoquée pour soutenir l’affirmation selon laquelle l’amour n’a pas de sens, Il ne serait que signification, mot vide. Par ailleurs, Lacan affirme « qu’ il n’y a que la poésie qui permette l’interprétation et c’est en cela que je n’arrive plus, dans ma technique, à ce qu’elle tienne : je ne suis pas assez pouâte, je ne suis pas pouâte-assez ! » Et le séminaire se termine par l’évocation « d’ un signifiant nouveau, celui qui n’aurait aucune espèce de sens, ça serait peut-être ça qui nous ouvrirait à ce que j’appelle le réel. »

Est-ce cela le « quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ? ». Lacan poursuit, ici, une idée exprimée dans Les non dupes errent selon laquelle, pour la première fois dans l’histoire, il nous serait possible de refuser d’aimer notre inconscient, donc d’errer, certes, mais dans cette erre, l’inconscient pourrait nous mener au-delà du fantasme, « au pur réel ».

Tout au long du séminaire, Lacan prend appui sur la topologie. Le fait surprenant est, après plusieurs séminaires consacrés au nœud borroméen, le recours à la topologie des surfaces, plus précisément à celle du tore. Quelle est la raison de ce tore ? Ce n’est certes pas parce que le tore a une âme, mais parce qu’il est la consistance même des anneaux du nœud borroméen, et aussi parce que le tore peut se retourner. Les trois identifications freudiennes sont rapportées aux trois modes de retournement du tore. Une analyse aurait pour effet de retourner le tore du symbolique en englobant les deux autres, et nécessiterait, de ce fait, une deuxième tranche afin de retrouver le nœud borroméen. Les deux tores enchaînés et troués permettent à Lacan de parler de l’amour comme pure signification à propos de la poésie « amoureuse » de Dante.

L’invention dont Lacan fait preuve, les conséquences cliniques du recours à la topologie des surfaces et de la coupure combinée à celle des nœuds, les contributions d’Alain Didier-Weill sur la passe et sur la pulsion invoquante, le rôle fondamental de la poésie dans l’interprétation, le projet d’aller plus loin que l’inconscient, la perspective d’un signifiant nouveau, font de l’étude de ce séminaire une tâche passionnante et prometteuse."

source : http://www.freud-lacan.com/fr/colloques/5043

version chantée :

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juste un doigt, le livre, dans la collection Que sais-je

, 09:54

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auteur et photographie : Yung Cheng Lin

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Ça m'intéresse, l'éveil de la curiosité scientifique chez l'enfant

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tu veux un Whisky ? Juste un doigt... tu veux pas un Whisky d'abord ?
petit, déjà, j'aimais le whisky

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un petit verre ?

, 08:12

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juste un doigt...
Buster Keaton

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