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Donald Trump aurait été aperçu en compagnie de Jésus

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le sacro-sein

, 06:31

Eric Yahnker Mother’s Dew mère à l'enfant.jpg
artiste : Eric Yahnker
De la valeur sacrée de cet organe et de la sécrétion du lait maternel
Édith Thoueille
Dans Spirale 2006/4 (no 40), pages 77 à 92
1 Selon Claude Rivière, le sacré dépasse le champ du religieux institutionnalisé : c’est la croyance qui fabrique le sacré. Cette croyance peut se retrouver au cœur d’une religiosité en dehors de toute attache à une religion : amour sacré de la patrie, liens sacrés du mariage, devoir sacré de l’allaitement maternel… Notons également qu’il n’y a pas une essence du sacré, mais bien, comme le soulignait Marcel Mauss, des formes diverses de sacré dans l’espace et dans le temps comportant des représentations (mythes, croyances, dogmes), des pratiques (actes et paroles), des organisations (groupes d’affiliation, hiérarchies de rôles) fort différentes les unes des autres.

2 Une déférence à l’égard de la supériorité du lait de femme est certes justifiée et s’impose à tout acteur de santé publique, mais en sacralisant son pouvoir on institue un culte de l’allaitement maternel qui parfois peut effrayer.

3 Les projections idéalisées et sublimées (bien souvent par les hommes) de l’allaitement maternel ont, au cours de l’histoire, été désacralisées par les femmes. Ce refus de la transcendance paradigmatique attribuée à l’organe maternel constitue donc un retour au profane. Ne marque-t-il pas une volonté d’accès à l’autonomie et à une sexualité libérée tant revendiquées par les ligues féministes ? Avec la « maternalisation » du lait de vache le rôle vital obligatoire conféré à l’allaitement au sein a peu à peu disparu. Dès lors certains comportements et certains discours dogmatiques prennent des allures de missions initiatiques. Dans ce cas précis l’initiation peut se vivre comme un rite de passage, accompagné d’épreuves destinées à incorporer certaines candidates dans un nouveau statut. Certaines mères s’y refusent, non sans une blessure narcissique.

4 Dès la préhistoire, le sein est objet de culte. Ainsi, sur certains monuments néolithiques, des protubérances de pierre étaient sculptées que les femmes touchaient dans un but de fertilité. On le retrouve aussi dans les peintures rupestres et les sculptures. Les scènes d’allaitement apparaissent très tôt, symboles de fécondité. Ainsi, dans l’Antiquité égyptienne, Isis allaitant son fils Horus. S’agissant de divinités, c’est là une scène éminemment sacrée, Isis étant à l’époque considérée comme la mère universelle.

5 Dans l’Antiquité grecque et romaine, le sein ne bénéficie pas de cette dimension érotique qu’on lui connaît de nos jours et est représenté dans des proportions modestes. Il est alors remarquable dans les représentations de divinités féminines ou d’allégories. On trouve par ailleurs beaucoup de représentations de déesses-mères allaitantes.

6 C’est, paradoxalement, avec le christianisme, qui exhortait les femmes à ne rien dévoiler de leur corps, que le sein prendra une tournure plus érotique. À partir de la Renaissance, la poitrine s’expose de plus en plus dans les œuvres des peintres et sculpteurs, où le profane et le sacré se mêlent. Ainsi, l’œuvre du peintre Botticelli en est une illustration majeure. Parallèlement, le thème de la Vierge allaitante se trouve très répandu à partir du xive siècle dans le monde chrétien, thème où le sein figure la pureté la plus sacrée. Mais en 1563, l’Église y met un terme en prohibant la nudité dans la peinture religieuse.

7 La Révolution use abondamment des allégories féminines pour mettre en avant ses valeurs, comme Marianne, dont la poitrine exposée exprime à la fois la nourrice et l’émancipation. En même temps, les femmes mettent plus en avant leur poitrine, tendance qui se confirmera sous l’Empire qui, par ailleurs, voit le déclin des allégories féminines.

8 Au xixe siècle, le caractère sacré du sein va perdurer, notamment à travers les révolutions qui émaillent ce siècle. Par exemple, avec son tableau La Liberté guidant le peuple, qui est une allégorie de la révolution de 1830, Eugène Delacroix sacralise le sein avec au premier plan une femme, figure par excellence de la liberté, à la poitrine nue. La liberté étant une abstraction, elle est tout naturellement représentée sous les traits d’une femme dans l’iconographie traditionnelle. Cette sacralisation du sein se retrouve également chez Victor Hugo. Ainsi, dans L’homme qui rit, un bébé est retrouvé dans la neige sur la poitrine de sa mère morte avec une goutte de lait gelée, dit le texte. Le sein prend là toute sa dimension sacrée. La mère nourricière accomplit l’acte nourricier jusque dans son dernier souffle. Plus tard, dans son roman Quatrevingt-treize, Hugo reprendra cette image du sein maternel, cette fois-ci tari. Le sein exprime à lui seul le désarroi d’une mère qui ne peut nourrir sa progéniture. La détresse qui s’exprime enveloppe là encore le sein d’une aura sacrée. La littérature, comme la peinture, est remplie de scènes d’allaitement.

9 Dans le même temps, caricatures et affiches de propagande exposent la poitrine féminine. En 1848, Daumier, dans La République nourrit ses enfants et les instruit, charité d’inspiration romaine et chrétienne, réunit, à travers une allégorie de la République, les attributs de la femme protectrice et de la mère nourricière pour le peuple.

10 Avec la Commune s’affirme le culte de la combattante révolutionnaire qui symbolise, avec sa poitrine dénudée, l’abondance.

11 À notre époque cette dimension sacrée du sein perdure et connaît même un regain depuis quelques années. La publicité, par exemple, l’a bien compris. Ainsi ce film publicitaire faisant un parallèle audacieux entre l’airbag d’un véhicule et la poitrine maternelle pour le bébé, avec ce slogan choc : « Rappelez-vous votre premier airbag. » Dans nos institutions aussi, le sein jouit d’une exposition sacrée. Marianne demeure l’un des symboles les plus répandus de la République. Et combien de places de nos villes sont-elles ornées de monuments avec des femmes aux seins généreux, jusqu’aux tombes de nos cimetières.

Le blanc sacré 12 La couleur blanche du lait représente par excellence le sacré, la pureté, « vêtu de probité candide et de lin blanc » (le suaire du Christ est blanc, la robe de baptême est blanche…).

13 De la bouche d’Hercule, suspendu aux mamelles de Junon, tombent quelques gouttes de lait qui forment la Voie lactée. Cette nébuleuse à l’aspect laiteux a souvent été considérée comme une voie d’origine divine.

14 Les anciens créent une multitude de légendes à son sujet, la plus connue : une partie de la création des mythes de l’Inde affirme que « le lait des nuages » submerge toute forme de vie dans un océan de lait. Airavata, un éléphant blanc sacré dont le nom veut dire « arc-en-ciel », est une des premières créatures à naître du lait.

15 Les taches laiteuses qui maculent les feuilles du chardon Marie sont interprétées comme des gouttes de lait tombées du sein de la Vierge, alors qu’elle fuyait les persécutions d’Hérode. Le chardon, image de force et de protection, était réputé donner de l’esprit et du dynamisme. Les vaches nourries au chardon Marie sont des vaches bien portantes et produisent davantage de lait. Ce chardon, encore appelé « lait de la Vierge », est recommandé sous forme de tisanes par le Dr Bouchet pour ses vertus galactogènes. La magie blanche a un effet bénéfique comme une guérison, elle s’oppose à la magie noire qui fait intervenir de mauvais esprits.

Pudeur sacrée 16

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées. »

17 Molière montre bien au travers de ces vers célèbres qu’il y a une hypocrisie (tartufferie) par rapport à l’érotisme qui s’attache à cette partie anatomique féminine. Seules la littérature 2

Honoré de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariés : « Ce petit… et la psychanalyse vont présenter les seins comme un substitut et un équivalent du pénis chez l’homme. Elles vont décrire les mamelons et le téton turgescent (excitation érotique de l’allaitement) comme l’équivalent du sexe masculin en érection. On emploiera même le mot de « castration » pour le vécu de la femme qui a subi l’ablation d’un sein.

18 On peut remarquer que beaucoup de ceux qui évoquent l’allaitement, ou le préconisent, font très peu allusion aux sensations érotiques éprouvées. Et la femme fait du reste abstraction des sensations que lui procure l’allaitement.

19 Bien que valorisé dans toute la statuaire antique, peu à peu le sein devra être couvert même dans une vision purement laïque de l’organe.

20 Malgré la libération sexuelle de l’après-guerre et la dénudation publique du corps de la femme avec le succès du Bikini, le sein reste caché. Cette époque sera suivie d’une libération à outrance, mais la mode du monokini est peu à peu remise en cause. Le corps médical met en garde les femmes qui exposent leurs seins au soleil et de nombreux décrets municipaux tentent de réintroduire par la loi (sous forme de sanction pénale) la pudeur sacrée.

21 Le sein doit donc être caché, et même dans les revues de music-hall les meneuses de revue nues conservent le plus souvent des strass étoilés sur leurs seins. La valeur érotique du montré-caché, c’est-à-dire de cacher le mamelon pour mieux peut-être l’évoquer et le faire briller, est dans ce cas flagrante.

22 À certains moments la pudeur est extrême et allaiter en public est aux yeux de certains inconvenant. Certaines cartes postales humoristiques du siècle dernier mettent en scène des « voyeurs de nourrices ».

23 D’autres, à l’inverse, vont valoriser un aspect de l’allaitement qui masque l’érotisme, c’est l’attendrissement devant le lien mère-bébé. La mère allaitante devient une femme asexuée tout entière tournée vers un bébé. Décrits comme sans sexualité, la femme allaitante et son sein peuvent être montrés dénudés, à condition que tout le reste du corps soit soigneusement caché. Par exemple, elle est exposée à la vue de tous sur les autels (Vierge à l’enfant) ; le peintre, donc le public, voit le sein d’une vierge et non pas celui d’une nourrice. Il y a là une certaine hypocrisie et la situation d’allaitement est censée abolir la situation érotique et autoriser un certain voyeurisme malgré le caractère sacré de cette image.

Sacrilèges


24 La sacralisation suscite des sacrilèges. Le pouvoir de lactation chez la femme est une source d’envie. Elle peut donc apparaître dans sa forme contraire : la répulsion.

25 Le médecin janséniste Hecquet ne dit rien d’autre lorsqu’il « … s’interroge sur la nécessité des traces de mamelles chez les mâles. Il y voit les restes d’une fonction utile in utero : celle de servir de couloir et de décharge dans les enfants pour le superflu du suc nourricier. Sorte d’égout…, écrit-il, palliant les méfaits éventuels d’une absence de transpiration dans la matrice 3

26 Selon les théories humorales de cette époque, le sang menstruel, liquide impur par excellence, est à l’origine de nombreuses croyances. Le lait maternel n’est rien d’autre que du sang menstruel blanchi. En cas de montée de lait avant la naissance, on parlera de sympathie ou de correspondance entre la matrice et la mamelle, correspondance bien imagée par les médecins physiologistes qui pensent que la « fièvre de lait » n’est qu’une suite normale de l’accouchement, seul le reflux du lait de la matrice aux mamelles 4 4 Le mot « mamelle » ne désigne que la fonction nourricière du… est responsable de cet état fébrile qui peut s’aggraver en raison d’un épanchement dans le péritoine, ce qui réalise un tableau gravissime d’apoplexie laiteuse, dénommée aussi « folie du lait 5 5 Hippocrate est le premier à avoir décrit les troubles… ».

27 Certains saints puniront le manque de respect à l’égard de la femme : « On dit qu’une fois, il y avait un homme qui ne croyait jamais à rien et se gaussait des femmes qui allaient à Saint-Mamant. Un jour cet homme dit en se moquant : “Je veux aller chez le saint pour qu’il me donne du lait.” Et ainsi, marchant et marchant, il arrive au pied du sanctuaire et là, prie le saint pour qu’il lui fasse la grâce. Le lait lui vint vraiment et quand il arriva chez lui, il dut aller chercher des femmes pour qu’elles lui donnent un petit enfant. Il était tout honteux 6 6 R. Lionetti, Le lait du père, Paris, éditions Imago, 1988.. »

28 En dehors de l’hagiographie, la littérature a elle aussi désacralisé la fonction de la mère nourricière. En 1916 Guillaume Apollinaire écrit un drame surréaliste qu’il intitule Les mamelles de Tirésias – rappelons que le devin Tirésias a été femme pendant une période de sa vie et ensuite homme –, qui sera fort critiqué lors de sa première présentation le 24 juin 1917. Il faudra attendre l’année 1947 pour que Francis Poulenc compose un opéra-bouffe à partir du texte initial qui voulait traiter du problème de la repopulation. On se trouve en présence d’une suite de gags plus ou moins réussis, qui n’illustrent que faiblement le dessein initial du poète : exhorter les Français à faire des enfants.

29 On pourrait aussi qualifier de volonté de désacralisation toutes les dénominations populaires : téton, doudoune, lolo, néné, nichon, pare-chocs, airbags, roberts, roploplos, il y a du monde à l’avant-scène, au balcon, à l’étalage, œufs sur le plat, en calebasse, en gant de toilette, planche à pain, etc.

30 On y voit une volonté de rabaisser l’organe féminin dont l’homme est privé et de rétablir une certaine familiarité : un tutoiement et un pluriel 7 7 Le pluriel du mot « sein » n’est attesté qu’au xixe siècle.. Mais finalement on restitue sans le vouloir un érotisme vulgaire et donc on restitue de façon imagée le pouvoir attractif du sein. N’est-ce pas finalement une autre forme de sacralisation lui rendant de manière imagée et physique sa valeur érotique et son pouvoir attractif ?

Sacralisation scientifique 31 La médecine est fondatrice d’une religion qui fait prévaloir par des obligations et interdits l’instance sacrée définie par elle-même : Dignus intrare in docto nostra corporé 8 8 Molière, le ballet du Malade imaginaire..

32 La médecine est le Savoir : « Elle ordonne, prescrit, certifie, expertise, promet, menace 9 9 F. Laplantine, Anthropologie de la maladie, Paris, Payot, 1992.. »

33 Dans les années 1950, on attribuait au lait de femme un rôle indispensable au bon développement du système nerveux du bébé. Ce principe dénommé « neurophylactique » n’était pas retrouvé à l’analyse chimique et disparaissait au chauffage et même à l’air libre. Il fallait en somme que le lait maternel passe directement du sein de la mère à la bouche du bébé. On voit qu’à l’époque on ignorait tout du rôle eutrophique des interactions précoces mère-bébé. Désormais, au contraire, la sacralisation de ces relations précoces peut être utilisée pour sceller l’impératif de l’allaitement maternel.

34 La référence aux vertus médicinales du lait se constate dans les légendes des peuples à toutes les époques.

35 Le lait prend ainsi place dans la composition de médications. Pour Hippocrate, « Le lait d’une femme qui vient de mettre un enfant mâle au monde guérit du coryza mais aussi des ophtalmies » ; ces notions sont encore ancrées dans certaines sociétés traditionnelles : « Le lait peut servir aussi de médicament, par exemple si notre œil nous brûle ou nous pique, l’on peut y mettre des gouttes de lait » (dessin de Nordine, 12 ans, enfant originaire d’Algérie).

36 En Égypte, le lait médicament se verse dans de petits récipients magico-pharmaceutiques en forme de femme accroupie tenant dans ses bras un nouveau-né tout nu.

37 Le lait humain, considéré, de toute évidence, comme la nourriture naturelle des nouveau-nés, est le bien précieux de l’homme à tous les âges.

38 B. Martin, apothicaire, édite en 1684 un traité de l’usage du lait. Les laits dont la médecine fait usage sont ceux de la femme mais aussi ceux de la vache, de la chèvre, de l’ânesse et de la brebis.

39 Le plus noble et le plus vertueux dans son pouvoir curatif est le lait de femme, « … tempéré en toutes ses parties, destiné de tout temps à notre nourriture, il atteint donc la perfection. Plus nourrissant que les autres, engraissant davantage et réjouissant le cerveau, il est également bon pour l’estomac et, mêlé à de l’eau de pavot, merveilleux pour les rougeurs et les fluxions oculaires. Toutefois il doit être blanc, ni trop épais ni trop liquide, et d’une odeur agréable. S’il n’en est pas ainsi, la nourrice n’est pas saine ». Les malades qui useront du lait de femme doivent choisir leur nourrice. « Si certaines nourrices fournissent jusqu’à une pinte (930 millilitres) par jour, il sera prudent d’en avoir plusieurs à la disposition des personnes âgées. » Le duc d’Albe, vieux et mal en point, avait deux nourrices dont « il suçait le lait matin et soir 10 10 D. Gros, Le sein dévoilé. Un monde à lui tout seul, chap. 9,…. »

40L ’allaitement de la personne faible ou âgée persiste au xxe siècle. John Steinbeck, dans Les raisins de la colère (1939), décrit ce moment émouvant où Rose de Saron, encore très bouleversée par le décès de l’enfant qu’elle vient de mettre au monde, accepte de donner son sein à un homme mourant de faim.

41 Dans la littérature, de nombreux exemples sont rapportés. La façon de le pratiquer est commune à tous ces allaitements : pour que le lait garde son pouvoir de remède, il doit être directement bu au sein.

42 Cet allaitement d’un adulte n’est pas toujours réservé aux hommes. Selon l’origine géographique des récits, il peut se pratiquer en faveur d’une autre femme, c’est ainsi qu’une femme d’honneur chinoise prolonge la vie de sa belle-mère en lui donnant son sein pendant plusieurs années.

Liens sacrés de la filiation par le lait 11 11 On ne cite jamais, quand on rapporte l’histoire d’Œdipe, qu’il…


43 Dans presque tous les musées d’Europe on trouve un tableau représentant la geôle d’une prison austère avec un vieillard, Cimon, attaché par des chaînes. Une jeune femme l’allaite, les gardiens s’étonnent du maintien du bon état physique de Cimon. Péra, sa fille, a trouvé ce subterfuge pour sauver son père.

44 Cette légende de Cimon et Péra, intitulée La charité romaine, pose le problème de filiation dans l’allaitement mais aussi les formes particulières de l’inceste. Péra en allaitant son père devient sa mère et Cimon le fils de sa fille. Donner son lait équivaut à donner son sang : le lait, substance autre qu’un simple aliment, intervient dans le processus de filiation. Le langage populaire parle de « frères et de sœurs de lait ». Saint Bernard, nourri par la Vierge Marie, devient le frère de lait du Christ. Cette légende médiévale « … illustre la fonction phallique du sein. Saint Bernard, fondateur de l’abbaye de Clairvaux, avait toujours eu un culte particulier pour la Vierge Marie. Un jour que l’abbé priait, la Mère de Dieu lui apparut avec son vénérable fils qu’elle allaitait. Pour récompenser son zélé serviteur, elle pressa son sein et dirigea un jet de lait sur ses lèvres. Le lait féconda la bouche de saint Bernard. Il devint apôtre éloquent et l’une des belles intelligences du xiie siècle 12 12 D. Gros, Le sein dévoilé, op. cit., chap. 8, p. 108. ».

45 Les éjaculations lactées et phalliques sont associées : le lait, tout comme la semence masculine, transmet un patrimoine héréditaire.

46 Dans presque toutes les cultures, le fait pour un homme et une femme d’avoir été allaités par la même femme crée un lien qui institue le tabou de l’inceste au même titre, et parfois même de façon plus rigoureuse, que le lien établi par une commune procréation biologique. « Frère et sœur de lait » est donc une expression qui instaure le sacré pour soutenir l’interdit de l’inceste.

47 Désormais, dans notre civilisation occidentale le recours à la nourrice mercenaire n’existe plus. Cependant la situation de coallaitement, bien qu’exceptionnelle, existe. Parfois il est évoqué par deux femmes de relation très proche. Pour certaines cela est vécu comme un inceste, pour d’autres comme l’intimité la plus sacrée d’une relation homosexuelle.

48 Cette parenté par le lait continue d’exister dans certains pays musulmans. « Le droit d’État actuel (en Algérie et au Maroc), comme les anciens droits coutumiers, comme encore la loi religieuse exprimée dans le Coran, interdisent le mariage entres frères et sœurs de lait, considéré comme incestueux 13 13 C. Lacoste-Dujardin, « La filiation par le lait au Maghreb »,…. »

49 Tout en étendant son système de santé publique et en permettant à la population féminine d’accéder à la scolarisation, l’Iran met en place « le vaste appareil d’interdictions matrimoniales dérivées de l’allaitement, que reformulera à l’aube de la révolution islamique l’ayatollah Ruhollah Khomeyni 14 14 E. Conte, « Énigmes persanes, traditions arabes. Les…. »

50 Connaître cette filiation particulière permet de comprendre certaines conduites auxquelles nous pouvons être confrontés. Pendant la période d’hospitalisation d’un enfant dans une unité de néonatologie, le don du lait au lactarium est parfois refusé. Ce refus n’est pas un signe de détachement de l’enfant, mais simplement un respect et une contrainte de la tradition. L’interdit par la loi est renforcé par l’interdit sacré. Tout ce qui est prohibé s’attache à une crainte superstitieuse. La transgression de l’interdit peut occasionner un châtiment surnaturel et donc une menace pour le bébé.

51 De nombreuses mères adoptantes, qui ont donc été privées des premières relations avec leur enfant, font le simulacre de mettre leur bébé au sein pour vivre les émois précoces de cet allaitement virtuel. Certaines, à qui des procédés adéquats ont été conseillés, parviennent à susciter une montée de lait et établissent ainsi une « réelle » filiation.

Sacrifice
52 La pratique clinique de groupes de mères dans la période postnatale permet des notations fines comme celle-ci : à l’instant même où débute l’allaitement au sein, la mère, même comblée, pense à l’inévitable sevrage qui en sonnera la fin. Il y a donc dès les premières tétées l’émergence d’un sacrifice sacré qui marquera la fin de l’intimité corporelle mère-fœtus mère-bébé, qu’elle ne retrouvera plus jamais : c’est tout le « Kleinisme » qui s’y retrouve.

Le rêve sacré
53 Isakower (1938) et Levine 15 15 Cités par René A. Spitz, De la naissance à la parole. La… (1942) ont développé la notion « d’écran du rêve », c’est-à-dire le fond sur lequel se projettent les scènes du rêveur. Ils ont ensuite indiqué que cet écran du rêve est une persistance de ce que, bébé, il voyait en tétant le sein maternel. Spitz fait à ce propos une remarque. Pendant la tétée le bébé ne voit pas le sein car il a le visage enfoui dans celui-ci. Nos études récentes, notamment celles de Régine Ganot 16 16 Infirmière orthoptiste, Centre de rééducation pour déficients… (2005-2006), démontrent que le nouveau-né a une acuité visuelle très réduite et dispose d’un champ visuel très restreint. Certes à la naissance, et même avant celle-ci, la maturation de ses cellules rétiniennes est presque achevée, mais il n’a pas la capacité d’interpréter et de donner un sens aux images très floues qu’il perçoit. La zone occipitale du cerveau où se situera sa gnosie visuelle (c’est-à-dire sa reconnaissance des formes) n’est pas mature et il manque aussi au bébé inexpérimenté tout l’apprentissage nécessaire au perfectionnement de cette fonction. Depuis quelques années beaucoup de clichés « poétiques » ont été décrits à propos de l’image touchante du nouveau-né découvrant le visage de sa mère. Ne s’agit-il pas là d’une projection de l’adulte ?

54 Au regard des différents travaux des chercheurs il est plus logique désormais de décrire un développement neurologique et un investissement progressif de la vision, et pour ce que nous venons de décrire une émergence progressive de la tache floue et la précision de sa netteté.

55 Dans toutes les réponses du bébé, Spitz se situe toujours dans une perspective cybernétique, c’est-à-dire interactive. Le bébé sélectionne les signaux qu’il envoie en fonction des « récompenses qu’ils lui rapportent ». Ce vécu crée les premières étapes de l’interaction affective et la mise en place de l’intersubjectivité.

56 Dans l’allaitement maternel les perceptions du bébé sont syncrétiques, c’est-à-dire mélangées en même temps : les sensations de contact qu’il sent sur sa peau, la qualité du holding et du handling, ses lèvres sur le mamelon, le lait dans sa bouche avec une sensation de déglutition pharyngée, la prosodie de la voix maternelle, la perception des différentes odeurs de la peau du mamelon, du lait, etc. Les prémices du visage maternel sont indissociables de toute cette sensorialité qui contient le visage maternel. Mais dès ce moment la vision est privilégiée. En effet cette tache floue qui constitue le visage maternel, cernée par la masse sombre des cheveux, et qui est à la bonne distance, varie : mouvements des paupières, des lèvres (repris dans le masque artificiel qui constitue le leurre inventé par Spitz). Cette fine motricité stimule et excite la curiosité du bébé, c’est la première perception à distance. Cette image réalise la « Gestalt » primitive. Celle-ci est-elle innée, constituée très tôt ou progressivement ? Pour Spitz cette toute première interaction, sa complexification et son aboutissement constituent le « premier organisateur » qui structure les bases de la première relation sociale : l’échange de sourires mère-bébé.

57 Le sein constitue une situation globale dès les premiers jours. Il n’est pas étonnant que l’adulte qui la regarde et qui la revit la « sacralise ». L’expression « sacro-sein » résume donc bien ce que nous venons de décrire.

La sacro-sainte vocation
58 Au cours de l’allaitement maternel le professionnel agit, dit, impose, suscite, tout cela sur un plan pragmatique (discours opératoires très codifiés et recours à une technique très ritualisée) et sur un plan initiatique (impact des croyances du professionnel sur la personnalité de la mère). Cela nous amène donc à parler de la vocation de ceux qui s’occupent de la maternité et de la périnatalité anté et postnatale. Pour quelles raisons conscientes et inconscientes le professionnel s’est-il dirigé vers cette profession ? Est-ce pour imiter sa mère, s’identifier à elle ? Est-ce pour trouver enfin les personnages de son roman familial ? Est-ce pour retrouver son vécu de petit garçon ou de petite fille ? Est-ce pour vivre enfin le contraire de ce qu’il a vécu ? Est-ce pour réparer son petit frère ou sa petite sœur malades ? Est-ce pour apaiser la culpabilité qu’il a d’avoir souhaité la maladie pour son petit frère ou sa petite sœur que sa mère a ramené de la clinique ? Est-ce pour se rapprocher des mystères de la grossesse, de la fécondation ? Est-ce pour s’occuper d’enfants sans en faire soi-même ? Est-ce enfin pour rencontrer l’enfant imaginaire idéal ?

59 Tout cela, qui est bien entendu normal et général, va s’organiser, se structurer de différentes manières, selon chacun mais selon deux modes :

les sublimations, c’est-à-dire l’utilisation de toutes ses énergies en les transformant pour accéder à des buts sociaux valorisants, reconnus comme supérieurs par tout le monde. Dans ce cas, cette énergie passe à un niveau supérieur et permet des actions valorisées et un certain altruisme ; les formations réactionnelles, qui sont des aménagements de moins bonne qualité, qui visent surtout à maintenir l’inquiétude, la culpabilité, les tensions. Elles sont donc faites pour un but personnel et non social ou à l’intention d’autrui. Ce serait idéal si nos vocations, et plus tard nos actions, étaient toutes d’ordre sublimatoire. Mais en fait, chez chacun de nous, les processus selon les formations réactionnelles remplissent plus ou moins notre personnalité.
60 Le professionnel est évidemment situé dans la même problématique et il sera d’autant plus contraint à prendre certaines positions qu’il doit tenir compte de ses formations réactionnelles.

61La formation de puéricultrice n’est pas aussi simple que pourraient l’indiquer les circulaires. Certes, il faut que soit enseignée à la puéricultrice toute la technicité du métier, et c’est son rôle primordial, et elle se doit de bien la maîtriser. Il faut qu’elle connaisse aussi la vie affective des bébés, c’est désormais dans tous les programmes, mais voilà que depuis quelques années on lui demande de nouvelles compétences :

savoir s’identifier au vécu de la mère. Certaines puéricultrices se sont dirigées vers la technique, et uniquement la technique, pour ne plus avoir à faire ce travail d’identification ; enfin, sans exiger que toutes les puéricultrices s’allongent sur « le divan » du psychanalyste, on demande à celles-ci de voir plus clair dans leurs motivations, dans leurs décisions, de ne plus croire qu’elles sont rationnelles et logiques. Bref, on leur demande, comme on dit désormais, « d’étalonner leur contre-transfert », de percevoir au moins certaines raisons de l’origine de leur comportement : par exemple de comprendre que l’inconscient des mères perçoit finalement l’inconscient du professionnel. Certains professionnels seront naturellement plus doués pour cela que d’autres, certains l’apprendront à cause des vicissitudes qu’ils auront traversées, c’est-à-dire de leur expérience, de leur vie. Ils deviendront experts en empathie dans des conseils non imposés, d’autres resteront moins souples, moins aptes à cette identification. Plutôt que de les contraindre, ne vaut-il pas mieux les dispenser de cet exercice qui risque de les fragiliser et qui finalement est peu efficace auprès des mères ? 62Admettre que l’accompagnement de l’allaitement au sein peut passionner, rebuter, voire exaspérer, implique des investissements inconscients, des valeurs qu’il est nécessaire de prendre en compte pour une prise en charge objective du désir ou du non-désir d’allaiter, mais cette tâche est parfois émotionnellement difficile.

Conclusion
63 La valeur sacrée du sein maternel est prévalente dans toute l’histoire de l’humanité, elle s’attache sans doute à la fonction essentielle de cet organe et de sa sécrétion dans la survie de la race humaine. L’histoire et la mythologie ont également évoqué l’érotisme qui s’attache aussi à cet organe. Érotisme valorisé dans certaines cultures et à certaines époques, dénié, masqué et culpabilisé à d’autres. Il est intéressant d’étudier ce qu’il en est désormais dans notre culture actuelle occidentale. L’étude de l’allaitement maternel doit alors intégrer une interrelation de toutes les disciplines des sciences humaines. L’approche de ces différents champs de réflexion nous livre les croyances insolites, les fantasmes, les discours qui permettent de mieux comprendre, de mieux orienter nos recherches et nos réflexions actuelles.

64 Ces modes de compréhension éclairent les difficultés vécues par les professionnels de la puériculture. Eux aussi ont un rôle « sacré » que tous ne peuvent pas investir.

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